Lily
Si on ne change pas, on ne grandit pas. Si on ne grandit pas, on ne vit pas vraiment. Grandir exige un abandon provisoire de tout sentiment de sécurité.
[Gail Sheehy]
J'allais revoir mon parrain. Mon Jake. Il était cruel d'avoir dû supporter son absence. Tout comme Oncle Emmett, il s'agissait d'un compagnon de jeu, comme Jasper, il était toujours à mon écoute. Contrairement aux autres membres des Cullen, il ne me couvait pas. J'étais pour lui, sa filleule, humaine comme vampire. Rien ne l'alarmait dans cela. C'était la raison pour laquelle, sa présence m'était si nécessaire.
Depuis que j'avais appris ce que nous étions, je m'étais étonnée de son inconscience. Il fréquentait les vampires sans aucune peur. Côtoyer notre monde sans pressentir le danger que nous étions pour lui. Comme ma mère à ses débuts. Mais contrairement à elle, il était encore humain. Lorsque mon père avait pris conscience de mes cogitations, il était partit d'un grand rire, disant qu'ils étaient doté de papilles assez évoluées pour ne pas avoir à goûter au sang de mon parrain. Toute sa famille l'avait suivit dans son hilarité tandis que Maman s'était contenté de lever les yeux au ciel. Il m'avait alors semblé louper une plaisanterie implicite.
Je sortis mon journal et le déposai sur mon bureau. C'était un cadeau de Tante Rose pour mes 15 ans. Elle avait accompagné ce geste, de quelques lignes que j'avais précieusement conservées.
« Tu te construiras un monde. Un monde où notre famille n'aura plus vraiment sa place. Un monde que tu aimeras partager. Dont tu aimeras parler. Ce journal deviendra ce confident que tu souhaiteras. Cependant n'oublie pas qu'un journal ne saura te répondre et que d'autres êtres pourraient s'avérer d'une grande aide, de bons conseils.
Je t'aime ma chérie.
Rose. »
Elle n'avait pas eu totalement tort. Certaines choses étaient trop étranges à raconter, trop...intimes. Et parfois, ce journal me permettait de les étaler, de les analyser. J'y annotai le rêve qui m'avait tant effrayé la nuit dernière. De nouveau, ces ombres m'étaient apparus, terrifiantes. Une chose néanmoins avait différé. Alors qu'elles s'approchaient de moi, ostensiblement, un loup s'était placé entre ses monstres et moi. Son pelage d'un gris presque noir. Un loup à la taille d'un géant. Loup ? Pas totalement. Il me semblait plus gros. Plus grand. Plus...humain... C'était absurde j'en avais conscience. Mais dans ce rêve, j'étais attachée à ce loup. Il m'était familier. Et c'était en me protégeant qu'il s'était sacrifié. Qu'il avait perdu la vie. Je revoyais encore ses crocs aiguisés, j'entendais encore sa plainte en cette nuit. Je le revoyais tomber, me jetant un dernier regard qu'il m'avait été insupportable de contempler. Je reposais mon stylo, un instant. Quel genre d'animal cela pouvait-il être ? Un loup...un humain... Cela m'avait semblé si réel. Comme une de ses visions d'Alice. J'allais devoir cesser de regarder des films avec Oncle Emmett. Ses choix de film étaient à l'image de son caractère. Violent et absurde. Cela ne semblait pas empêcher mon inconscient d'en capter la moindre action. Retenant un bâillement, je me dirigeai vers mon lit et m'y allongeai, contemplant le ciel à travers ma fenêtre. Les nuages étaient hauts, présents tandis que la neige ne semblait pas décider à disparaître. Je souris. Tante Rose devait être en train de gémir contre ses cheveux mouillés. Ils étaient allés chasser autour du domaine. Ayant un appétit humain en ce jour, j'avais refusé de les accompagner. J'étais donc seule dans l'immense bâtisse, ce qui ne les empêchait pas d'être assez prêts pour débarquer si le moindre danger se profilait. Quel danger ? Nous étions assez éloignés de toute sorte de vie humaine à des kilomètres à la ronde. C'était comme si nous étions seuls au monde. Comme si j'étais seule au monde. Et ce n'était pas pour me déplaire. J'adorais ces rares instants de solitude. J'avais l'impression de me retrouver. Moi Lily. Ne vous m'éprenez pas, j'adorai ma famille, ils étaient mon socle, mes racines. Mais parfois, j'appréciais me séparer de l'arbre, être une frondaison. J'eus soudain une crampe au ventre. Cela m'arrivait souvent ces derniers temps. Je n'y accordai néanmoins aucune importance. Cela affolerait ma mère.
Mes yeux se balançaient au rythme des nuages. Je tentai de deviner leurs formes. Trop épuisée pour me concentrer davantage, je sentis mes paupières s'alourdir. Je luttais légèrement. Je n'étais pas encore prête à retomber dans le royaume de l'horreur. Bien trop faible, je me laissais aller. Sombrant peu à peu dans mes rêves sans lumière.
oOo
« Cours Lily...
J'ignorai à qui appartenait cette voix mais je sentis mes jambes s'exécuter. Les larmes humectèrent mes joues. Bon sang ! Pourquoi ne pouvais-je être plus rapide ? J'étais encore trop humaine. Un rire méphistophélique s'éleva. Un rire qui me glaça les veines... »
Ce ne fut pas l'étrange rire qui me réveilla mais plutôt une âcre odeur. Une odeur que j'étais censée apprécier. Mais édulcorée...étrangère. Je sortis de mon inconscience, tentant de saisir l'origine de cette bizarrerie. C'était du sang...Je reconnaîtrais partout cette fragrance teintée d'une vague odeur métallique... Contrairement à l'ordinaire, il semblait défraîchi...mort ? Je me redressai, scrutant les alentours. Le crépuscule approchait et d'après le silence qui régnait dans ma tête, nul n'était rentré signe que je n'avais pas somnolée longtemps. Autour de moi, rien ne semblait avoir changé, aucune cause à cette odeur. Me levant, je me dirigeai vers la fenêtre. Rien d'anormal également. Je fus soudainement soucieuse. Qu'est-ce que tout cela signifiait ?
Je me rendis compte que l'odeur ne venait pas du décor, ni du paysage. Cela venait de moi. Me jaugeant, je ne vis rien susceptible de m'alarmer, j'étais saine. Du moins...j'en avais l'air. Mon regard fut alors attiré par une tâche sur ma couette. Une tâche sombre...purpurine. Source de l'odeur. Affolée, je m'y approchai...en effleurai la texture...du sang ? Du sang ?! Mon Sang. D'où venait-il ? Je n'étais pas blessée. Je courus dans ma salle de bain et me plantai devant la large glace, retirant un à un tous mes vêtements. C'est alors que je pus voir...j'en étais toute tâchée...De larges filets de sangs striaient mes jambes pâles, se déversant goutte à goutte de mon...moi. Je plaquai ma main sur mon visage...Je perdais du sang...J'étais en train...de me vider. Que se passait-il ? Je m'effondrai à genoux sur le sol. Allais-je mourir ? Allais-je tout perdre ? Etais-je tombée malade ? M'étais-je blessée inconsciemment ? Pourquoi ce sang ne m'attirait-il pas ? Pourquoi en étais-je éc½urée ? Je tremblais...vacillée. Des larmes s'échappèrent de mes yeux...J'allais mourir. Mes parents allaient me retrouver...Ma mère allait défaillir...Comment avais-je pu me tuer ? Comment avais-je pu leur faire cela ?
Nous sommes rentrés *Esmé*
J'aurais voulu leur hurler que j'étais là...que j'étais en train de les quitter de partir. Mais mes cordes vocales semblaient me refuser ce dernier souhait. Je devais les appeler. Leur demander de l'aide...
_Ma....murmurai-je...
Incapable d'en dire plus. J'aurais tant souhaité la voir. De nouveau ses crampes me nouèrent le bas ventre. Bon sang ! C'était donc cela. J'avais provoqué ma propre mort, en voulant épargner mes proches. Je m'en voulus de les faire souffrir. J'avais été si stupide. Une flaque de sang gisait sous moi. J'en avais conscience. Mes doigts en étaient imprégnés.
Lily !!*Edward*
Papa...il m'avait entendu...il m'avait entendu...Béni soit son don ! Cependant, glissant un regard sur moi, je vis que j'étais...nue ? Il ne pouvait pas me voir ainsi.
_Que se passe-t-il Lily ? Hurla-t-il à travers la porte de ma chambre.
_Non...murmurai-je...
Ne rentre pas je t'en prie...Appelle Maman.
_Lily...Es-tu blessée ? Poursuivit-il.
S'il te plaît Papa. Trouve Maman. Je t'en supplie. J'entendis une porte s'ouvrir à la volée. Celle de ma chambre.
Du sang...mort ? Non... Etait-elle blessée ? Quand bien même l'aurait-elle été ? Le sang serait...attirant ?*Bella*
Que voulait-elle dire ? Ce sang ne l'attirait donc pas. Cela la dégoûtait-il comme il me dégoûtait ? La porte de la salle de bain s'ouvrit prestement. J'en fus soulagée. Cependant son expression n'était pas celle à laquelle je m'étais attendue ? Elle paraissait étonnée, inquiète. Mais pas horrifiée ou effrayée ? Comme moi.
Je pense savoir ce que c'est...Bien que cela paraisse légèrement improbable.*Bella*
Bon sang Bella...Parle*Edward*
Que se passe-t-il Edward*Carlisle*
Tant d'interrogations. Une seule ayant la réponse. Ma mère. Elle me saisit par les bras et me releva. J'étais consciente que tous attendaient ses paroles. Ce réconfort. J'en fus légèrement gênée. Je n'allais donc pas mourir. Cette maladie ou cette blessure se soignait. Elle eut un sourire léger mais empreint de tristesse.
_Lily...c'est normal. Durant un de tes cours de biologie, je t'avais parlé de cela. Lorsqu'une jeune fille atteint la puberté...
Oui. Je me souvenais qu'elle avait parlé de cycles menstruels périodiques. Soudain tout s'éclaira...Non...Je n'étais pas une jeune fille normale...J'étais vampire...Je ne pouvais pas...Elle me prit de sa bras, me voyant tétanisée.
Oh...Comment est-ce possible ?*Edward*
Je fus soudainement embarrassée. Mon père savait...Quelle horreur ! Je n'oserais plus le regarder. Je devais le dégoûter...Il devait se demander quel abomination j'étais...
Bien sûr que non mon ange...C'est normal*Edward*
Je refusais qu'il m'en parle. Je voulais qu'il s'en aille. Qu'il n'assiste pas à cela. Je voulais qu'il me laisse seule un moment avec...ma mère. Cette dernière me fit asseoir sur le bord de la baignoire. Et s'accroupit face à moi. Je me rendis compte que je la voyais flou. Mes larmes s'étaient encore montrées. Elle essuya mes joues.
_Je te dois des excuses ma Lily. Je pensais que tu n'aurais pas besoin que je t'en parle...Que tu étais plus vampire qu'humaine. Apparemment non. Tu sais, c'est normal...Cela veut juste dire que ton organisme fonctionne...Que tu peux procréer.
Ne lui donne pas d'idée Bella *Edward*
Il gronda ce qui fit sourire ma mère.
_Ne l'écoute pas quoiqu'il dise.
_Mais maman...je ne suis pas normale...
_Bien sûr que oui mon ange...
Je niai vigoureusement. Elle me tint le menton, me forçant à scruter ses prunelles emplies de douceur. Je me perdis un moment dans son regard avant de me mettre à sangloter. Je ne pouvais pas être normale...J'étais un hybride...Un monstre...
_Mon ange...Tu es tout ce qu'il y a de plus normale...tu es juste unique...
_C'est contradictoire répliquai-je.
Elle sourit.
_C'est vrai...Peu importe ce qu'est être normal. Je ne le suis pas non plus reprit-elle. Je suis un vampire. Marié à un vampire et mère d'un ange.
Je la suivis dans son rire, amusée par la tournure des choses. Elle s'assit alors à mes côtés, me berçant doucement.
_Cela veut juste dire que tu es une femme soupira-t-elle.
Cela devait lui peser. Je grandissais trop vite sans savoir quand je m'arrêterais. Et ce qui m'arrivait n'appuyait que le fait que j'étais des plus Humaines. Elle se leva silencieusement et quitta la pièce avant de revenir avant que la porte n'eut le temps de se refermer, une boîte bleue entre les doigts. Voyant mon air interrogateur, elle sourit.
_J'en ai toujours. J'ignore pourquoi. C'est comme si je demeurais femme dans un certain sens...
Elle me les tendit. Je reconnus une boîte de tampons. Je rougis.
_Tu n'as pas à être gênée...
Elle m'expliqua comment l'appliquer. J'espérais vraiment que mon père n'entendait rien. Je n'oserais plus lui faire face, ni à lui, ni à aucun autre membre de la famille. Elle me sourit une dernière fois avant de quitter la pièce. Me laissant une intimité méritée. Je soupirai. Moi qui croyais mourir alors que je n'étais qu'en train...de grandir. Je soupirai. La tâche de sang me prouva à quel point j'étais étrange. Le sang que j'étais censé boire se déverser de moi.
Un mot que ma mère avait prononcé me vint à l'esprit. « Procréer ». Avoir des enfants ? Ce que mes tantes et ma grand-mère souhaitaient tant ? Je rougis à cette idée. C'était si absurde. Si...humain comme espérance.
Je me levai et décidai de prendre un bain, histoire de retirer de ma peau, toute allusion à ce qu'il venait de passer...à l'abomination que je devenais.
Ne t'inquiète pas Lily, nous sommes toutes passées par là. Nous serons t'aider*Rosalie*
Bella :
Je n'aurais jamais cru que cela lui arriverait. Nous avions tant été persuadé que cette part vampirique dominait que nous en avions oublié ce détail. Elle était une femme. Une petite femme. Je retins un sanglot. C'était si dure pour moi de la voir grandir. Ne pouvait-elle pas demeurer enfant encore un moment ? Ce détail n'était pas sans me rappeler combien mortelle elle était. Je mis en marche la machine à laver, nettoyant ses draps et ses vêtements. Elle avait été si terrifiée. Me dirigeant vers le salon, je les vis tous m'attendre, des expressions plus ou moins différentes. Carlisle à son habitude était songeur, Esmé inquiète. Alice et Rosalie me sourirent, complices. Nous avions tous vécu ce moment. Assez embarrassant à vrai dire. Je me demandais si j'avais bien réagit. Si je l'avais assez réconfortait. J'ignorais quoi lui dire de plus. Je n'avais jamais eu à avoir ce genre de conversation. Jasper se contenta de jouer l'indifférent. De peur de paraître maladroit. C'était sa façon à lui de réagir face aux choses qu'ils ne contrôlaient pas. Emmett retenait un grand rire. Je le fusillai du regard. Une remarque de travers et je l'égorgeais. Le dernier visage était celui de mon époux. J'aurais apprécié lire dans ses pensées à cet instant. Me tournant vers lui, je le vis adossé sur le mur, le visage dans le vague. Ses traits étaient impassibles. Froid. Ainsi il ressemblait tant à une statue. Je m'approchai de lui, prudemment, puis caressai ses boucles rousses. Son regard rencontra le mien brièvement avant qu'il ne me prenne dans ses bras. Je nichai mon visage au creux de son cou, humant son odeur si délicieuse.
_Elle grandit trop vite marmonna-t-il.
_Je sais répondis-je.
Il demeura silencieux un moment. Sa main longeant ma colonne vertébrale, dans une tentative de réconfort.
_Te rends-tu compte de ce que tu viens de lui demander ? Me morigéna-t-il.
Je m'écartai légèrement de lui, ébahie. De quoi parlait-il ? Je ne lui avais absolument rien demandé. Ses yeux se levèrent au ciel avant de me fusiller du regard.
_Procréer ? Elle n'a que 15 ans bon sang !
Comprenant soudainement, je ne pus m'empêcher de rire. Bientôt suivit par notre famille. Qu'il était protecteur ! Ce n'était pas comme si elle était déjà en couple. Cela me fit penser qu'elle n'avait eu aucun contact avec les garçons depuis son enfance. Autres que les membres de la famille, s'entend. Non que je souhaite qu'elle ait déjà quelqu'un mais je m'inquiétais pour son équilibre.
_A quoi penses-tu ? S'enquit Edward, suspicieux.
_A rien.
Il m'aurait sauté au coup si je lui avais communiqué mon idée. Cela me fit penser si Lily lisait dans mes pensées à l'instant. Non elle devait être trop déboussolée.
_Notre Lily est devenue une femme s'extasia Emmett.
Cela me rappelait que je devais lui mettre les points sur les i.
_Ecoute moi très attentivement, Emmett Cullen.
Je me dirigeai d'un pas menaçant vers lui. Il fit mine de se cacher derrière Jasper. Ce dernier feinta à gauche, le laissant à découvert face à ma colère. Alice sautillait gaiement.
_Si je t'entends faire une remarque...un soupçon de sous-entendu, dire un mot à propose de tout cela, je te promets sur mon éternité que je te laisserais jamais en paix...Est-ce clair ?
Il opina faussement effrayé. Brandissant le signe d'une croix. Je levai les yeux au ciel.
_Tu auras également affaire à moi m'appuya Edward.
L'assurance de son Grizzli de frère parut s'ébranler légèrement. Mais il demeura fier. La voix de Carlisle nous força à redevenir sérieux.
_Cela signifie qu'elle est encore plus humaine que nous le croyions. Peut-être décide-t-elle cela ? Peut-être force-t-elle cette part humaine à s'exprimer ?
Elle souhaitait être humaine plus que vampire, contrairement à moi. Nous étions différentes à bien des égards. Bien que je compris pas son malaise. Etre un vampire était des plus intéressants.
_Cela ne pourrait être que des conjectures ? Quoiqu'il en soit dès à présent, nous devrons la considérer comme une humaine. Elle a été effrayé de ce qui lui arriver à cause de notre manque de discernement. Nous devrons être plus consciencieux termina Carlisle.
Nous opinèrent tous. Je me blottis contre Edward, me sentant légèrement coupable. J'étais sa mère. J'aurais dû lui expliquer tout cela. Lui faire comprendre ce qu'elle était. J'avais juste souhaité l'épargner. Ses lèvres se posèrent sur mon front.
_Ce n'est pas ta faute.
Il me connaissait si bien, me comprenait si bien. Bien que je n'en fusse convaincu, j'opinai. D'un mouvement, il me souleva et me tint fortement contre lui. Il m'entraîna loin de notre demeure, au milieu de la forêt sous la nuit noire. Me déposant, je perçus tous ses traits malgré l'obscurité. Il était toujours aussi splendide. Mon dieu. Il caressa mes bras, remontant jusqu'à mon cou.
_Tu n'es pas fautive.
Ses lèvres caressèrent mes joues, remontant à mes paupières. Je savourai ce contact, crochetant son cou.
_Est-ce possible de continuer à dépendre de ton emprise ?
Je retins un sourire à ses paroles. C'était assez drôle, étant donné que je ressentais la même chose. Il se dirigea vers mes lèvres qu'il titilla légèrement. Supplice éhonté ! Je m'emparai alors des siennes...Si douces... Il se détacha au bout d'un moment, posant son front sur mon épaule.
_Nous poursuivrons plus tard si tu veux bien...murmura-t-il.
Etonnée, je reculai lentement, attendant des explications. Ce n'était pas dans ses habitudes.
_Je dois parler à Lily.
Etait-ce vraiment une bonne idée ? Peut-être souhaitait-elle demeurer seule ? Il saisit mon menton, comprenant mon inquiétude.
_Je ne veux pas qu'elle croit que je m'éloigne à cause de cela. Nous avons toujours été proches. Je ne veux pas que cela change.
J'obtempérai, comprenant parfaitement son point de vue. Il déposa un tendre baiser sur mes lèvres avant de se retirer, telle une fusée vers la chambre de sa fille. J'étais heureuse de leur lien. Bien que j'eusse espérée avoir un moment avec mon époux. Boudeuse, je retournai moins promptement vers notre demeure.
Lily
J'étais assise sur mon lit, dans l'obscurité, dans le silence. Nul n'était venu me perturber dans mes cogitations, je les en remerciai. J'avais pu apprécier ma solitude. Mieux admettre mon état. Pas totalement mais...l'admettre. C'était si étrange...Je me sentais différente. Plus grande ? Non juste différente. Tout en me sentant la même. Paradoxe sentimentale. J'avais regroupé mes jambes contre moi, posant mon menton sur mes genoux. J'aurais tant aimé écrire ce que je ressentais mais je n'y arrivais pas. J'étais trop...perdue. Perdue à l'intérieur.
J'entendis de légers coups sur la porte. Sursautant, je tentais de percevoir de qui il s'agissait.
Puis-je ? *Edward*
Je ne voulais pas lui imposer ma vue. Ma présence. Il serait peut-être plus facile pour lui de m'ignorer.
Je n'en ai aucune envie*Edward*
Soupirant, j'opinai, le laissant pénétrer mon antre, mon monde. Je n'avais aucune envie de le voir s'éloigner également. Notre relation était bien trop spéciale. Il passa son visage d'ange dans l'embrassure de la porte, vérifiant que j'étais toujours d'accord. J'acquiesçai de nouveau. Il referma la porte derrière lui avant de demeurer ainsi devant moi, gêné, se balançant sur ses talons. J'étais également mal à l'aise.
_Lily...Tu n'as pas changé pour moi. Tu es toujours ma fille. Qu'importe ce qu'il t'arrive.
Je te dégoûte avoue-le.
Pas plus qu'Emmett*Edward*
Je retins un rire. Il en profita pour prendre place à mes côtés. Il demeura silencieux, attendant sûrement un mouvement de ma part. Et s'il me repoussait ? Et si notre relation se muait en quelque chose d'horrible ? Il se retint de me contredire. Je lui en fus reconnaissante. Tentant le tout, je posai ma tête sur son épaule. Son bras me rapprocha de lui, m'étreignant. Je retins un soupir. Rien ne changerait.
_Merci murmurai-je.
Il fredonna ma berceuse. Je souris, l'enlaçant à mon tour. J'adorais mon père. C'était vraiment un être des plus merveilleux. Nous demeurâmes ainsi un long moment, appréciant mutuellement la compagnie de l'autre.
Puis-je me permettre quelque chose ?*Edward*
Je levai les yeux vers lui, il semblait hésitant. Je devins suspicieuse. De quoi s'agissait-il ?
Lorsque ta mère parlait de procréer, elle ne parlait pas tout de suite*Edward*
Je ne pus m'empêcher de rire. Parfois il en avait de ses idées, déjà il aurait fallut un homme dans ma vie. Cette pensée exprimée, je risquai un regard vers mon père. Il s'était figé.
Souhaites-tu vraiment quelqu'un dans ta vie ?*Edward*
Non bien sûr que non. Je suis trop jeune. Il n'était cependant pas dupe. Bien sûr j'aurais apprécié connaître ce que mes parents connaissaient, ce que tous dans cette maison connaissaient. Mais j'avais conscience que c'était trop tôt.
Beaucoup trop tôt*Edward*
Nous ne dîmes plus rien. Bien que nous n'en pensions pas moins. Nous nous contentions de penser chacun dans son coin. Sans prendre en compte ce que l'autre pensait. Une sorte de débat intérieur silencieux entre un père et sa fille.